Luna

Plasticienne
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Je suis dans un abri (lieu de résistance et de rencontres), autour de cet espace est écrit au sol « l’arrêtpublic ».
Le spectateur entre dans l’abri (l’entre-deux). Je lui propose de choisir une partie de son corps que je photographie en numérique. La photographie est installée immédiatement dans l’environnement.
Investi par l’image formatée, le corps est un mirage lorsqu’il devient lieu d’identification. L’interroger dans sa diversité dans un espace/temps très court serait une possibilité d’introduire de nouvelles expériences en créant une sorte de cartographie d’images multiples ET d’interconnections

La manière dont nous nous inscrivons à l’autre est un thème récurrent dans mon œuvre. Elle propose des situations révélant un corps tout en le portant absent.

Dans mon travail, les mises en situation ouvrent une fiction, et se réfléchissent dans les territoires paradoxaux entre le réel et le fictionnel.
Le corps porte sa dimension performative tout en l’évacuant ; Il n’est qu’un prétexte au débordement de l’action, qui elle-même se dérobe à l’image. Ce corps travaillé met en œuvre des tensions pouvant créer son double et/ou son pluriel.
Ces tensions sollicitent le corps conscient d’être dépersonnifié et révèle des gestes simples permettant différents niveaux de lecture. Ainsi deux axes vont rythmer mes cadrages et sa composition photographique, qu’ils utilisent la technique de la photographie numérique ou le médium vidéo.
Le fictionnel arrive par un assemblage de sens entre différents éléments formels : éléments du langage de la répétition où se tisse ma posture esthétique. Ce n’est pas l’assemblage du corps et du piment qui est fictif, c’est la façon de les faire dialoguer, communiquer, traverser qui nous renvoie vers l’inanité.
La disparition du sujet hanté par le neutre explore un monde dit réel sans pour autant introduire le narratif ou le représentatif. Le vide est créé à l’intérieur de la chose représentée.
De cette disparition apparaît le rapport au temps, à l’espace, aux mots et à ses limites. Le monde fictif et réel n’est lié que par la distance qui les sépare.
Le corps ne questionne pas le doute ou la crédibilité de l’original ou du modèle.
Il multiplie les processus de production du réel pour énoncer la réciprocité des doubles et ses concepts.

-  Dans l’installation « je me rêve de vous », (photographies et vidéo), le mot introduit la fiction, celle-ci conduit par son énoncé un rapport au doute d’une distance du moi à l’autre, « je, me, vous » ne deviennent que des mouvements de sonorités qui trouvent un lien de parenté : le neutre. La vidéo présente le personnage mâchant un chewing-gum au ralenti déclinant une répétition de propositions formées autour d’un jeu de langage obsessionnel « je me .... De vous ». La voix se veut plutôt séductrice pour soutenir l’intention de la phrase prononcée.

-  Jeu de langage aussi que l’on retrouve dans la photographie « rêve-moi » où je fais dialoguer un geste qui me nie et l’emploi de l’impératif rappelle les limites au rêve. Le décalage est affirmé et nié entre deux niveaux d’être, de pensée ou de parole.

-  Autre jeu de réciprocité quand je tatoue un code ISBN sur mon pubis. Le code barre réduit à une marque d’individualité disparaît derrière le pubis désexualisé et introduit l’écriture invisible. Le sexe est dématérialisé de la matière. (L’œuvre est remise dans son propos : l’exposition avait pour titre vénus).

-  La série photographique « gate 21 » est constituée de cinq images en noir et blanc. Je me mets en situation dans un aéroport. Par le traitement de l’image, le personnage se trouve confondu dans un lieu identifié mais il ne s’est pas installé dans un espace temps. Ce qui donne une dimension d’interface entre deux mondes, l’un réel, l’autre possible.
-  la vidéo « itinéraire » m’amène à m’extraire du paysage (piste aérodrome). Le personnage évolue sur une musique de façon presque hypnotique. Elle soutient la croyance dans l’image. Le personnage s’éloigne et disparaît du lieu laissant le spectateur à distance de la présence.

 

 

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